Kasàlà – Le concept

Pratiqué un peu partout en Afrique sub-saharienne, cette forme d’expression est connue au Congo RDC sous le nom de kasàlà. Depuis plus de vingt ans, Jean Kabuta, originaire du Congo, et ses animateurs transmettent ce moyen de valoriser chacun d’entre nous. Mais qu’est-ce que le kasàlà ?

Le kasàlà : un art de la célébration
Le kasàlà propose de recourir à une parole libre, une parole poétique, métaphorique, symbolique, polyrythmique, humoristique et théâtrale, pour se nommer soi-même ou encore nommer l’autre avec des noms de force, des noms­‐devises, des noms-programmes qui appellent la personne à l’existence, l’invitent à devenir encore plus vivante, dans une vie encore plus féconde. En cela, il est art de la célébration : il célèbre la vie à travers la personne.

Le kasàlà : une voie de déploiement du Moi et de révélation du Soi
Le kasàlà est une école de l’humilité et de l’authenticité. C’est un texte récité ou lu, de préférence devant un public, à travers lequel la personne consent à se laisser voir au plus intime de soi et à se laisser surprendre jusqu’à l’émerveillement. Ce type d’exercice suppose une confiance dans l’autre et une liberté par rapport à soi- même qui créent une complicité et un sentiment d’unité non seulement inédit mais aussi puissant. Nous assistons ici au déploiement de l’être, qui correspond à la révélation du Soi à soi-même et à l’autre. Le kasàlà est une voie de connaissance. Est-il besoin de démontrer que le moi est sans doute l’objet qui suscite le plus notre curiosité ? Et quel allègement, quelle libération, lorsqu’on constate qu’il n’a pas de réelle substance !

Le kasàlà : un espace rituel
Pendant le rituel du kasàlà, l’on s’ouvre à l’essentiel, sans jugement, sans crispation. Cette approche d’accompagnement permet ainsi de dépasser des modes relationnels basés sur la comparaison et la compétition, pour faire l’expérience de la complémentarité et ainsi naître à la coopération. En tant que rituel, le kasàlà transcende la distinction entre l’autre et soi, pour toucher l’Être universel, dont nous participons tous. L’on expérimente cette grande évidence que la vie est un grand continuum, un grand tissu interconnecté, une structure énergétique immense où tout, d’une manière ou d’une autre, est relié à tout. La pensée africaine n’enseigne pas autre chose à travers ses nombreux symboles et textes.

Le kasàlà : une action transformatrice
Le kasàlà ne consiste pas seulement à définir, caractériser et singulariser. Il est aussi action transformatrice, qui a comme effet de propulser la personne au-delà d’elle-même. Cette pratique poétique est invitation permanente au « plus-être ». En ce sens, les vers et les devises du kasàlà s’apparentent au mantra et à la prière. L’art atteint son but lorsqu’il dit la vie avec justesse, vérité et émotion. Il devient ainsi expérience esthétique et permet une transformation de l’être humain.

Le kasàlà : genre littéraire et pratique biographique
Est une pratique qui ouvre un espace privilégié de biographisation et de poétisation. D’autre part, permet d’honorer son histoire tout en l’inscrivant dans une plus grande histoire collective et en la reliant à celle des autres. Cette pratique est à la fois formatrice et productrice de rencontres humaines qui se déploient dans un espace dialogique et co-créateur. Le kasàlà est une véritable «pratique de soi» au sens où l’entend Foucault (2001) une pratique favorable à l’installation d’une dynamique de changement personnelle et culturelle.